CHAPITRE XXVI

Le soleil était levé, disque doré, bas sur l’horizon, dans le ciel d’un bleu intense, et une brise légère soufflait de l’ouest, coiffant les vagues de blanc. L’odeur pénétrante du brouillard de la veille planait encore sur l’étrange pyramide qui surgissait de la mer, au centre du récif.

Garion était ivre de fatigue. Son corps l’implorait de se reposer, mais son esprit filait d’une impression à une pensée puis à une image et revenait, le maintenant, tout hébété, à la frontière du sommeil. Il aurait le temps, plus tard, de trier tout ce qui s’était passé ici, à l’Endroit-qui-n’est-plus. Il se dit au passage que si un endroit avait jamais été, c’était bien Korim ; Korim était plus réel, et le serait toujours plus, que Tol Honeth, Mal Zeth ou le Val d’Alorie. Il serra tendrement sa femme et son fils contre lui. Ils sentaient bon. Les cheveux de Ce’Nedra avaient leur parfum fleuri habituel, et Geran donnait, comme tous les petits garçons du monde, l’impression qu’il n’aurait pas volé un bon bain. Garion, quant à lui, n’avait pas l’impression mais la certitude qu’un bain lui ferait le plus grand bien. La journée de la veille avait été épuisante.

Ses amis étaient réunis par petits groupes disparates dans l’amphithéâtre. Barak, Hettar et Mandorallen parlaient avec Zakath. Liselle peignait les cheveux de Cyradis avec une concentration abstraite. Toutes ces dames semblaient déterminées à prendre la Sibylle de Kell en mains. Sadi et Beldin étaient vautrés par terre, près de la carcasse du dragon – et surtout autour d’un tonnelet de bière. Sadi arborait une expression polie, mais il était évident qu’il consommait le breuvage amer par politesse plus que par réelle envie. Unrak se livrait à des explorations. Nathel – la chiffe molle qui était le roi des Thulls – le suivait comme un petit chien. L’archiduc Otrath était debout près de l’entrée maintenant scellée de la grotte, l’air pour le moins inquiet. Kal Zakath s’était abstenu jusque-là d’aborder certains problèmes avec son lointain cousin, mais celui-ci ne se faisait manifestement pas d’illusions. Essaïon s’entretenait avec tante Pol, Durnik, Belgarath et Poledra. Le jeune Dieu était entouré d’une étrange aura lumineuse. Silk était invisible.

Il reparut enfin à l’angle de la pyramide. Derrière lui, de l’autre côté du chicot de pierre, montait une colonne de fumée noire. Il s’approcha de Garion.

— J’ai allumé le signal pour le capitaine Kresca. Il sait comment rentrer à Perivor et l’Aigle des mers est fait pour la pleine mer, pas pour louvoyer entre les écueils. Sans compter que j’ai vu Barak naviguer dans des eaux dangereuses.

— Tu sais que ça lui ferait beaucoup de peine, ça ?

— Je n’ai pas l’intention de le lui dire.

— Et Liselle, elle t’a dit ce qu’elle avait sur le cœur ? s’enquit Garion.

— Je crois qu’elle se réserve pour un moment où elle sera sûre de ne pas être interrompue, soupira Silk en s’asseyant à côté de Garion et de sa petite famille. C’est toujours comme ça, le mariage ? Je veux dire, on vit perpétuellement dans l’appréhension, dans l’attente de ce genre de conversation ?

— Bof, ça arrive de temps en temps. Mais tu n’es pas marié.

— Pas encore, mais je n’aurais jamais cru en être aussi près.

— Et ça t’ennuie tant que ça ?

— Non, au fond. Nous sommes faits l’un pour l’autre, Liselle et moi. Nous avons des tas de choses en commun. C’est juste que je n’aimerais pas voir un nuage noir planer en permanence au-dessus de ma tête, fit le petit homme au museau de fouine en parcourant l’amphithéâtre d’un œil morne. Il est vraiment obligé de luire comme ça ? ronchonna-t-il en indiquant Essaïon d’un mouvement de menton.

— Il ne sait peut-être pas qu’il brille. Tout ça est nouveau pour lui. Ça s’arrangera avec le temps.

— Tu te rends compte que nous sommes assis là à critiquer un Dieu ?

— C’était un ami avant, Silk. On peut faire des remarques amicales à ses amis.

— Je te trouve bien philosophe, ce matin. J’ai cru que mon cœur allait s’arrêter de battre quand il a effleuré Belgarath et Poledra avec l’Orbe.

— Moi aussi. Mais il faut croire qu’il savait ce qu’il faisait, soupira Garion.

— Tu en as gros sur la patate, on dirait ?

— Maintenant que c’est fini, ça va me manquer. C’est-à-dire que ça me manquera quand j’aurai rattrapé mon retard de sommeil.

— Je dois dire que les derniers jours ont été assez mouvementés. Enfin, en réfléchissant un peu, nous devrions bien trouver quelque chose d’excitant à faire.

— Je sais déjà ce que je vais faire. Je vais être très occupé à faire le papa.

— Ton fils ne sera pas toujours petit, Garion.

— Geran ne restera pas longtemps seul. Mon ami ici, dans ma tête, m’a dit que j’aurais un paquet de filles.

— Magnifique ! Ça te mettra peut-être un peu de plomb dans la cervelle. Ne le prends pas mal, surtout, Garion, mais il y a des moments où tu es affreusement instable. Il ne se passe pas une année que tu ne files au bout du monde avec cette épée lumineuse.

— Ah, ah, très drôle.

— Allons, tu n’auras tout de même pas autant de filles que ça, reprit-il en s’appuyant sur ses coudes. Il y a bien un moment où les femmes arrêtent d’avoir des enfants.

— Silk, soupira Garion d’un ton funèbre, tu te souviens de Xbel, la dryade que nous avons rencontrée près de la rivière de la Sylve, au sud de la Tolnedrie ?

— Celle qui aimait tant les hommes – tous les hommes ?

— Ouais. Tu crois qu’elle est d’âge à avoir des enfants ?

— Oh oui !

— Eh bien, elle a plus de trois cents ans. Ce’Nedra est une dryade, elle aussi, tu sais.

— Je vois. Mais tu finiras inévitablement, un jour, par être trop vieux pour… Oh, par tous les Dieux ! fit-il en regardant Belgarath. On dirait que tu n’es pas sorti de l’auberge…

Il était presque midi lorsqu’ils montèrent à bord de l’Aigle des mers. Barak avait accepté, après pas mal de simagrées, de suivre le capitaine Kresca jusqu’à Perivor. Les choses s’arrangèrent un peu quand les deux hommes se furent rencontrés et eurent mutuellement inspecté leurs bâtiments. Kresca n’avait pas mesuré les éloges sur l’Aigle des mers, ce qui était un bon moyen de se concilier les bonnes grâces de Barak.

Alors qu’ils levaient l’ancre, Garion regarda une dernière fois l’étrange pyramide qui se dressait au-dessus des flots. Une colonne de fumée noire montait de l’amphithéâtre, sur la face nord.

— Je regrette vraiment de ne pas avoir été là, murmura Hettar, accoudé au bastingage à côté de Garion. Comment c’était ?

— Bruyant, répondit laconiquement Garion.

— Pourquoi Belgarath a-t-il absolument tenu à brûler ce dragon ?

— Il lui faisait pitié.

— Il a tout de même de drôles d’idées, des fois.

— Ça, tu l’as dit. Et comment vont Adara et les enfants ?

— Très bien. Elle attend un autre enfant, tu sais.

— Encore ? Vous êtes presque aussi redoutables que Relg et Taïba, dis donc !

— Pas tout à fait, répondit modestement l’Algarois. Il y a de la triche, aussi, reprit-il en fronçant le sourcil d’un air réprobateur. Taïba fait ses bébés par deux ou trois. Adara n’est pas de taille à lutter, qu’est-ce que tu veux ?

— Je ne voudrais pas cafter, mais je ne serais pas surpris que ce soit un coup de Mara. Il lui faudra un moment pour repeupler Maragor. Qu’est-ce que ça veut dire ? ajouta-t-il avec un mouvement de menton vers Unrak qui était planté à la proue, Nathel dans son ombre.

— Pff… Ce pauvre garçon est plutôt pathétique dans son genre et Unrak a pitié de lui, je crois. Nathel n’a sûrement pas eu beaucoup de tendresse dans sa vie, et même la pitié vaut mieux que rien du tout. Tu as l’air fatigué, ajouta-t-il en regardant Garion. Tu devrais aller te reposer.

— Je suis crevé, admit Garion, mais si je dors maintenant, je vais être complètement décalé. Allons plutôt voir Barak. Il n’avait pas l’air content en arrivant, hier.

— Tu sais comment il est. Il est vexé d’avoir raté la bagarre. Raconte-lui ce qui s’est passé. Il aime presque autant les bonnes histoires que la castagne.

C’était bon de retrouver ses vieux amis… Garion se sentait orphelin depuis qu’il les avait quittés, à Rhéon. Moins que leurs grandes gueules, leurs rodomontades si rassurantes dans les coups durs, c’était leur amitié qui lui manquait, cette complicité qui se cachait derrière les chicaneries. En allant vers la poupe où Barak était planté, sa grosse patte posée sur la barre, Garion vit Zakath et Cyradis debout dans l’ombre d’une chaloupe. Il fit signe à Hettar de s’arrêter et mit un doigt sur ses lèvres.

— Ça ne se fait pas d’espionner ses amis, Garion, murmura le grand Algarois.

— Je ne les espionne pas, je veux juste être sûr que je n’aurai pas besoin d’intervenir. Je t’expliquerai.

— Et que vas-tu faire maintenant, Sainte Sibylle ? demandait Zakath d’une voix où vibrait une passion contenue.

— Le monde est ouvert devant moi, Kal Zakath, répondit-elle un peu tristement. Je suis relevée du fardeau de ma tâche, et point ne dois plus me donner le nom de Sibylle, car, de fait, je ne le mérite plus. Mes yeux perçoivent désormais la lumière banale, ordinaire, du jour, et je ne suis plus qu’une femme banale et ordinaire.

— Pas banale, Cyradis, et encore moins ordinaire.

— Tu es trop aimable, Kal Zakath.

— Laissons tomber ce Kal, Cyradis. Ce n’était qu’une affectation. Il signifiait Dieu. Maintenant que j’ai vu de vrais Dieux, je comprends à quel point j’étais présomptueux. Mais revenons-en à l’essentiel. Vous avez eu les yeux bandés pendant des années. Avez-vous eu l’occasion, depuis, de vous regarder dans un miroir ?

— Ni l’occasion, ni la tentation.

Zakath ne manquait pas de subtilité. Il comprit que le moment était venu de certaines extravagances.

— Laisse mes yeux être Ton miroir, Cyradis, dit-il. Regarde dans mes yeux et vois comme Tu es belle.

Cyradis s’empourpra.

— Ces flatteries, Zakath, me laissent sans voix.

— Ce ne sont pas des flatteries, Cyradis, répondit-il, renonçant à son parler ampoulé. Vous êtes de loin la plus belle femme que j’ai jamais vue et la pensée de vous laisser retourner à Kell ou ailleurs me brise le cœur. Vous avez perdu votre guide et votre ami. Permettez-moi de devenir l’un et l’autre. Revenez avec moi à Mal Zeth. Nous avons tant de choses à nous dire que cela nous occupera jusqu’à la fin de nos jours.

Cyradis détourna légèrement son pâle visage pour ne pas lui laisser voir l’imperceptible sourire de triomphe qui retroussa les commissures de ses lèvres. Il était évident qu’elle voyait beaucoup plus loin qu’elle ne voulait bien le dire. Puis elle releva sur le Malloréen ses grands yeux innocents et susurra :

— Prendrais-Tu en vérité plaisir à ma compagnie ?

— Ta compagnie, Cyradis, sera l’accomplissement de mes jours ! déclama-t-il.

— Alors je Te suivrai avec joie à Mal Zeth, car tu es à présent mon plus sincère ami et mon plus cher compagnon.

Garion fit signe à Hettar et ils repartirent vers la poupe.

— Nous n’aurions pas dû, Garion, protesta Hettar. Ça ne nous regarde pas, après tout.

— Oh si ! On m’avait dit que ça finirait comme ça, mais, comme dit Silk, un bon coup d’œil vaut mieux qu’une mauvaise impasse. Je crois que Zakath aura été l’homme le plus solitaire du monde, continua Garion en réponse à l’air perplexe de son ami. C’est pour ça qu’il était si vide, si dépourvu d’âme. Et si dangereux. Mais c’est fini. Il ne sera plus jamais seul, et ça devrait l’aider à faire ce qu’il a à faire.

— Je trouve que tu fais bien des mystères, Garion. Ce que j’ai vu, moi, c’est une jeune personne qui embobinait un pauvre homme sans défense.

— Ça y ressemblait bien, hein ?

Le lendemain matin, Ce’Nedra se leva d’un bond et grimpa en hâte l’échelle menant sur le pont. Garion la suivit, alarmé.

— Excusez-moi, dit-elle à Polgara, penchée par-dessus le bastingage.

Elle prit place à côté de la femme sans âge et elles restèrent un moment côte à côte à vomir tripes et boyaux.

— Non, vous aussi ? fit Ce’Nedra avec un pâle sourire.

Polgara se tamponna les lèvres avec un mouchoir et acquiesça d’un hochement de tête. Ce’Nedra lui sauta au cou et les deux femmes éclatèrent d’un rire énorme.

— Elles sont malades ? demanda Garion à Poledra qui s’approchait, le louveteau sur les talons, comme toujours. Elles n’ont pas Le mal de mer, d’habitude.

— Ce n’est pas le mal de mer, Garion, répondit Poledra avec un sourire indéchiffrable.

— Ben, alors, qu’est-ce que…

— Elles vont très bien, Garion. Mieux que ça, même. Allez, retourne te coucher. Je m’occupe d’elles.

Garion venait de se réveiller et il avait encore les idées un peu brumeuses. C’est pour ça qu’il n’eut l’illumination – disons plutôt une faible clarté – qu’à la moitié de l’échelle. Il s’arrêta net et ouvrit de grands yeux.

— Ce’Nedra ! s’exclama-t-il. Et tante Pol ?

Puis il éclata de rire à son tour.

 

Un silence révérencieux salua l’apparition à la cour du roi Oldorin de Messire Mandorallen, l’invincible baron de Vo Mandor. En fait, Perivor étant au bout du monde, la prodigieuse réputation de Mandorallen n’était pas parvenue jusqu’à cette île, mais sa seule présence frappa la cour de stupeur. Mandorallen était la noblesse et la perfection incarnées, bref, le parangon du Mimbraïque, c’était écrit sur sa figure.

Garion et Zakath, de nouveau en armure, escortèrent ce phénomène vers le trône.

— Majesté, commença Garion en s’inclinant, point ne saurais dire ma joie de T’annoncer que nous avons mené notre quête à bien. La bête qui ravageait Ton royaume n’est plus et le mal qui arpentait le monde est pour jamais vaincu. La chance, décidément prodigue de bienfaits, nous a accordé de revoir des amis très chers, que je m’en vais Te présenter. M’est avis, toutefois, qu’il est d’une suprême importance pour Toi, doux Sire, et tous ceux ici assemblés, de faire avant toute chose la connaissance d’un puissant chevalier venu de la lointaine Arendie, d’un preux qui s’est toujours tenu à la droite de Sa Majesté le roi Korodullin et qui vous accueillera sans nul doute, Toi, Oldorin, et toute Ta cour, dans la fraternité et l’amour. J’ai l’honneur de Te présenter Messire Mandorallen, baron de Vo Mandor, le plus noble chevalier du monde.

— Vous vous en sortez de mieux en mieux, murmura Zakath.

— La pratique, renifla Garion d’un petit ton supérieur.

— O Sire, commença Mandorallen d’une voix qui fit vibrer les voûtes de la salle du trône, c’est avec une joie sans nom que je Te salue ainsi que les membres de Ta cour, et que je vous donne à tous le nom de frères. Je prends sur moi de vous transmettre les plus chaleureuses salutations de leurs Majestés, le roi Korodullin et la reine Mayaserana, souverains de la bien-aimée Arendie, car, n’en doutons point, sitôt que je serai de retour à Vo Mimbre et que j’aurai révélé que ceux qui avaient jadis disparu sont à présent retrouvés, les yeux de leurs Majestés s’empliront de larmes de joie, elles se répandront en actions de grâces et vous embrasseront de loin tels des frères, et – si Chaldan le veut – je me représenterai bientôt à Ta magnifique cité, chargé de missives exprimant une considération et une affection unanimes, et investi de la mission de préparer une réunion prochaine, voire, j’ose l’espérer, une réunification des branches naguère jadis séparées du sang sacré de la sainte Arendie.

— Il a réussi à dire tout ça en une seule phrase ? souffla Zakath avec une admiration voisine de la stupeur.

— Je crois qu’il a mis un point après frères, murmura Garion. Il est comme un poisson dans l’eau, ici. Ça risque de prendre un moment. Au moins deux ou trois jours.

Il n’était pas loin du compte. Les discours des nobles de la cour du roi Oldorin furent assez rudimentaires au début.

La soudaine apparition de Mandorallen les avait pris au dépourvu et son éloquence leur coupait un peu la chique, mais une nuit blanche consacrée à de fiévreuses compositions devait y remédier. La journée du lendemain fut consacrée à des discours fleuris, un banquet interminable et des distractions assorties. Belgarath céda aux supplications générales et gratifia l’assistance d’un compte-rendu à peine enjolivé des événements dont le récif avait été le théâtre. Le vieux conteur évita, par prudence, toute allusion aux péripéties les plus incroyables, la soudaine apparition de divinités au milieu d’un récit d’aventures ayant généralement pour effet d’éveiller le scepticisme du public, si crédule soit-il.

— Il a au moins réussi à préserver ton anonymat, souffla Garion à Essaïon qui était assis juste en face de lui.

— Oui, acquiesça le jeune Dieu. Il faudra que je trouve un moyen de le remercier.

— Tu l’as déjà fait en lui rendant Poledra, je crois. Mais tu ne pourras pas éternellement dissimuler ton identité.

— Je pense qu’une certaine préparation s’impose avant la révélation. A ce propos, j’aimerais bien avoir une petite conversation avec Ce’Nedra.

— Ce’Nedra ?

— Je voudrais savoir comment elle s’y est prise pour lever l’armée qu’elle a emmenée à Thull Mardu. Si je suis bien informé, elle a amorcé un mouvement qui a commencé tout petit et s’est amplifié. C’est peut-être le meilleur moyen de procéder.

— Ton éducation sendarienne commence à transparaître, commenta Garion en riant. Durnik a déteint sur nous deux, tu ne trouves pas ? Euh…, fit-il en se raclant la gorge, un peu gêné, tu recommences.

— Je recommence ?

— A briller.

— Je brille ?

— J’en ai bien peur, opina Garion.

— Il va falloir que je fasse attention à ça.

Les banquets et les festivités durèrent plusieurs jours et plusieurs nuits, mais comme les nobles n’ont pas pour habitude de se lever tôt, Garion et ses amis avaient leurs matinées à eux pour se raconter tout ce qui s’était passé depuis qu’ils s’étaient séparés à Rhéon. Les récits de ceux qui étaient restés chez eux étaient émaillés de nouvelles personnelles : problèmes familiaux et affaires d’Etat. Garion apprit avec satisfaction que Kail, le fils de Brand, dirigeait le royaume de Riva aussi bien qu’il l’aurait fait lui-même. Les Murgos étant préoccupés par la présence malloréenne dans le sud du Cthol Murgos, la paix régnait plus ou moins dans les royaumes du Ponant et le commerce était florissant. Nouvelle qui fit frétiller le nez de Silk…

— C’est bien joli tout ça, tonna Barak, mais si nous passions à la véritable histoire ? Je meurs de curiosité !

Ils entrèrent donc dans le vif du sujet. Aucune tentative d’enjolivement ne fut autorisée, mais tous les détails furent longuement savourés.

— Tu as vraiment fait ça, Garion ? demanda Lelldorin lorsque Silk leur eut raconté par le menu la première rencontre avec le dragon qui était Zandramas, dans les collines au-dessus de la plaine d’Arendie.

— Je ne lui ai pas coupé toute la queue, se récria modestement le jeune roi de Riva. Juste un petit bout de quatre pieds, mais ça a suffi à détourner son attention.

— En rentrant chez lui, notre magnifique héros ici présent devrait fonder une officine de chasse au dragon, suggéra Silk.

— Il n’y a plus de dragons, Kheldar, objecta Velvet.

— Essaïon pourrait peut-être en recréer quelques-uns ?

A un certain moment du récit, tous demandèrent à voir Zith, et Sadi exhiba fièrement son petit serpent vert et sa grouillante progéniture.

— Elle est vraiment si venimeuse que ça ? grommela Barak.

— Va demander ça à Harakan, susurra Silk, la bouche en cul de poule. A Ashaba, Liselle lui a lancé cette petite chérie en pleine figure et il en est resté littéralement pétrifié.

— Tu veux dire mort ? demanda le grand gaillard.

— Aussi mort qu’on peut l’être.

— Nous n’en sommes pas encore là, protesta Hettar.

— Nous ne pourrons jamais tout vous raconter en une seule matinée, fit Durnik d’un ton d’excuse.

— Ça ne fait rien, le rassura Barak. Nous avons quelques semaines de bateau en perspective avant de rentrer chez nous.

Cet après-midi là, Beldin céda à la demande plus ou moins générale et répéta le numéro qu’il avait fait devant la cour la veille de leur départ pour le récif. Puis, pour permettre à certains de ses compagnons de faire étalage de leur talent, Garion suggéra que tout le monde se rende au champ clos. Lelldorin gratifia l’assistance d’une démonstration de tir à l’arc et conclut sa performance en beauté par une petite séance de cueillette sur un prunier assez éloigné. Barak transforma une barre de fer en bretzel ou quelque chose d’avoisinant. Hettar mit la foule en transe avec un numéro stupéfiant d’équitation. Mais le clou du spectacle manqua tourner mal. Quand Relg traversa un mur de pierre de taille, beaucoup de dames défaillirent et certains des plus jeunes membres de l’assistance s’enfuirent en poussant de grands cris.

— Ils ne sont pas encore prêts pour ça, nota Silk (lequel avait résolument tourné le dos quand Relg s’était approché du mur). Personnellement, je crois que je ne le serai jamais.

Vers midi, quelques jours plus tard, deux vaisseaux entrèrent dans le port. Le premier était un bâtiment de guerre cheresque d’où descendirent le roi Anheg et l’empereur Varana, cornaqués par le capitaine Greldik. L’autre amenait le général Atesca et Brador, le chef du département de l’Intérieur.

— Barak ! rugit Anheg en mettant pied à terre. Donne-moi une raison, une seule, de ne pas te ramener au Val d’Alorie enchaîné à fond de cale !

— Il n’a pas l’air de bonne humeur, constata Hettar.

— Je vais le pinter, ça ira tout de suite mieux, rétorqua Barak en haussant les épaules.

— Je suis navré, Garion, reprit Anheg de sa voix tonitruante. Nous avons essayé de le rattraper, Varana et moi, mais sa grosse baleine de bateau va plus vite que nous ne pensions.

— Ma grosse baleine de bateau ? protesta mollement Barak.

— Tout va bien, Anheg, le rassura Garion. Ils sont arrivés juste au bon moment. Tout était fini.

— Vous avez donc récupéré votre fils ? Eh bien, allez le chercher, mon garçon, et au trot ! Nous nous sommes donné assez de mal pour le récupérer !

Ce’Nedra s’approcha, Geran dans les bras, et Anheg les emprisonna dans une étreinte digne d’un ours des cavernes.

— Majesté ! Et son Altesse ! fit-il aussi protocolairement que possible.

Il chatouilla le menton du petit garçon qui éclata de rire. Ce’Nedra esquissa une révérence.

— Pas de ça entre nous, Ce’Nedra, je vous en prie, objecta Anheg. Vous allez laisser tomber le gamin.

— Mon oncle, fit-elle avec un petit rire en se tournant vers l’empereur Varana.

— Ce’Nedra ! s’exclama le Tolnedrain. Tu as l’air en pleine forme, dis donc. Je me fais des idées, ou tu prends du poids ?

— C’est provisoire, mon oncle. Je vous expliquerai.

Brador et Atesca s’approchèrent de Zakath.

— Eh bien, Majesté, fit le général avec une feinte surprise. Si on m’avait dit que je vous retrouverais ici !

— Général Atesca, rétorqua Zakath, nous nous connaissons depuis assez longtemps pour ne pas nous raconter de fadaises.

— Nous nous en faisions à votre sujet, Majesté, répondit Brador. Et comme nous étions dans les parages…, ajouta-t-il en écartant les mains.

— Et que faisiez-vous au juste par ici ? Je croyais vous avoir laissé sur les rives de la Magan.

— Il s’est passé des tas de choses, Majesté, reprit Atesca. L’armée d’Urvon est en déroute et les Darshiviens étaient un peu désorientés. Nous en avons profité, Brador et moi, pour ramener Peldane et Darshiva dans le giron de l’Empire, et nous avons poursuivi les réfractaires dans la Dalasie de l’Est.

— Très bien, Messieurs, approuva Zakath. Très, très bien. Je devrais partir en vacances plus souvent.

— Il appelle ça des vacances ? murmura Sadi.

— Ben oui, pourquoi ? riposta Silk. Il n’y a pas plus revigorant que de combattre des dragons.

— Majestés, intervint Garion en voyant que Zakath et Varana se regardaient en chiens de faïence, permettez-moi de faire les présentations. Empereur Varana, voici Sa Majesté impériale Kal Zakath de Mallorée. Empereur Zakath, voici Sa Majesté Ran Borune XXIV, empereur de Tolnedrie.

— Varana, rectifia le Tolnedrain. J’ai beaucoup entendu parler de vous, Kal Zakath, dit-il en lui tendant la main.

— Pas en bien, je le crains, répondit Zakath avec un sourire, en serrant chaleureusement la main de son confrère.

— La rumeur est parfois injuste, Zakath.

— Nous avons beaucoup de choses à nous dire, Majesté, reprit l’empereur de Mallorée.

— Enormément de choses, renchérit le Tolnedrain.

Garion crut que le roi Oldorin de Perivor allait être frappé d’apoplexie en voyant son royaume insulaire soudain envahi par les rois, les empereurs et tutti quanti. Il fit les présentations avec toute la délicatesse possible. Le roi Oldorin bredouilla quelques salutations, puis Garion le prit à part.

— C’est une occasion mémorable, Majesté, dit-il. La présence en cet endroit de Zakath de Mallorée, de Varana de Tolnedrie et d’Anheg de Cherek pourrait bien être le présage de la paix universelle que le monde attend depuis des millénaires.

— Ta seule présence, Belgarion de Riva, confère à cet événement un lustre à nul autre pareil.

Garion le remercia d’une courbette respectueuse.

— La courtoisie et l’hospitalité de Ta cour font l’admiration du monde connu, reprit-il, et il serait stupide de ne point profiter de l’occasion pour faire avancer cette noble cause. Je T’implore donc, doux Sire, de nous accorder à mes amis et à moi-même la possibilité de nous réunir en privé afin de nous permettre d’explorer les possibilités offertes par cette rencontre de hasard, lequel hasard semble au demeurant n’avoir joué qu’un faible rôle dans la situation, les Dieux en étant assurément les instigateurs.

— Sans nul doute, Majesté, acquiesça Oldorin. Il y a des salles du conseil dans les étages du palais. Elles sont à Ta disposition immédiate, Roi Belgarion, ainsi que de tes royaux amis. Je ne doute point que des choses immenses émergeront de cette réunion, et l’honneur d’en être l’hôte me comble plus que je ne saurais dire.

Une réunion impromptue eut aussitôt lieu au palais royal de Perivor, sous la présidence de Belgarath. Garion représenta la reine Porenn et Durnik le roi Fulrach. Relg parla pour l’Ulgolande et Maragor, Mandorallen pour l’Arendie, Hettar pour son père et Silk pour son frère, Urgit. Sadi s’exprima au nom de Salmissra, et Nathel, les rares fois où il ouvrit la bouche, défendit les intérêts des Thulls. Personne ne manifesta le désir de représenter Drosta lek Thun, roi du Gar og Nadrak.

Il fut décidé d’entrée de jeu que les problèmes commerciaux seraient exclus de la discussion – à la déception manifeste de Varana – et l’assemblée se mit au travail.

Vers midi, le lendemain, Garion s’appuya au dossier de son fauteuil en écoutant distraitement Silk et Zakath négocier les termes d’un traité de paix entre la Mallorée et le Cthol Murgos. Il poussa un soupir. Il y avait quelques jours à peine, ils participaient, ses amis et lui, au plus formidable Evénement de l’histoire, et ils étaient maintenant assis autour d’une table, à régler les affaires vulgaires de la politique internationale. Ça paraissait bien trivial, et pourtant la vie de la plupart des habitants du monde serait beaucoup plus changée par ce qui se préparait dans cette salle que par ce qui était arrivé à Korim. Pendant un moment, du moins.

Ils arrivèrent enfin à ce qui devait rester dans l’histoire comme les Accords de Dal Perivor. Ils n’avaient rien de définitif, bien sûr, et ne traitaient que de généralités. Ils devaient encore être ratifiés par les monarques qui n’étaient pas présents en personne. Ils étaient fragiles et basés plus sur le bon vouloir que sur des négociations politiques réelles qui faisaient souvent l’objet de tractations sordides. Ils n’en étaient pas moins, se disait Garion, le dernier et le plus grand espoir de l’humanité. Les scribes furent convoqués pour recopier les volumineuses notes de Beldin et il fut décidé que le document serait publié sous le sceau du roi Oldorin de Perivor, hôte de la conférence.

La cérémonie de signature fut stupéfiante. Les Mimbraïques ont toujours été très doués pour les cérémonies stupéfiantes.

Le lendemain fut le jour des grands adieux larmoyants. Zakath, Cyradis, Essaïon, Atesca et Brador repartaient pour Mal Zeth alors que les autres montaient à bord de l’Aigle des mers en vue de l’interminable périple qui les ramènerait chez eux. Garion s’entretint longuement avec Zakath. Ils se promirent de s’écrire et, quand les affaires d’Etat le permettraient, de se rendre visite. La correspondance serait facile, mais les visites risquaient de poser plus de problèmes.

Garion rejoignit sa famille qui prenait congé d’Essaïon, puis il accompagna le jeune Dieu encore inconnu des Angaraks jusqu’au quai où l’attendait le vaisseau d’Atesca.

— Nous en avons fait du chemin ensemble, dit Garion.

— Oui, acquiesça Essaïon.

— Tu as du pain sur la planche, tu sais ?

— Oui, et peut-être même plus encore que tu ne l’imagines.

— Tu es prêt ?

— Oui, Garion. Je suis prêt.

— Bien. Si tu as besoin de moi, n’hésite pas. Je viendrai aussi vite que je pourrai, où tu voudras.

— Je m’en souviendrai.

— Et ne te laisse pas absorber au point de laisser Cheval prendre du ventre.

— Aucun danger, répondit Essaïon en souriant. Nous avons du chemin à faire, lui et moi.

— Porte-toi bien, Essaïon.

— Toi aussi, Garion.

Ils se serrèrent la main et Essaïon gravit la passerelle du bateau qui l’attendait.

Garion retourna en soupirant vers l’Aigle des mers, monta à bord et rejoignit ses compagnons. Ils regardèrent ensemble s’éloigner le bâtiment d’Atesca. Plus loin, dans le port, le vaisseau de Greldik semblait piaffer comme un étalon impatient.

Puis les matelots de Barak larguèrent les amarres, hissèrent les voiles, et l’Aigle des mers mit le cap sur le Ponant.

La sibylle de Kell
titlepage.xhtml
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_000.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_001.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_002.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_003.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_004.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_005.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_006.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_007.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_008.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_009.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_010.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_011.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_012.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_013.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_014.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_015.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_016.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_017.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_018.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_019.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_020.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_021.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_022.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_023.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_024.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_025.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_026.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_027.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_028.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_029.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_030.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_031.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_032.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_033.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_034.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_035.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_036.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_037.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_038.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_039.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_040.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_041.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_042.html
Eddings,David-[La Malloree-5]La sibylle de Kell(The Seeress of Kell)(1991).MOBILE.French.ebook.AlexandriZ_split_043.html